Femmes dans le BTP : quand la jeune génération prend la relève

Cinquième et dernier article de l’année de notre série “Femmes et btp”.
Dans ce numéro, nous abordons la reprise d’entreprise, et la reconversion d’une femme dans le btp.
De nombreux départs à la retraite engendrent la fermeture ou la cession d’entreprises. Mais encore faut-il trouver un·e repreneur·euse.

Bien transmettre nos entreprises, serait à l’origine de la sauvegarde de plus de 750 000 emplois, en France. Un travail colossal qu’a entamé Manon, femme dans le btp depuis 6 mois, anciennement préparatrice en pharmacie.

7 minutes

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Manon, j’ai 25 ans, jeune maman d’un petit de 9 mois. Je suis native du médoc, où mes parents et moi avons une entreprise familiale dans le secteur des travaux publics (TP). Je suis diplômée en tant que préparatrice en pharmacie. J’ai bossé 5 ans en pharmacie.

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T'as plongé quand dans le btp ?

Mon papa a une entreprise dans le TP agricole, et il est proche de la retraite. Il y a 1 an et demi, il m’a dit “on pense à prendre notre retraite. On va fermer l’entreprise”. J’ai dit “non, on ne peut pas faire ça”.

À ce moment-là, j’étais préparatrice en pharmacie, mais ça faisait un moment que je souhaitais fortement rejoindre l’activité de mon papa. Du coup, cette nouvelle a été le déclic de mon changement de carrière.

Depuis avril/mai, j’ai enclenché ma reconversion professionnelle grâce à mon papa. C’est lui qui me forme.

C'est quoi ton travail dans le btp ?

Mon papa a créé l’entreprise il y a plus de 40 ans, il a toujours été dans le côté TP. On est une toute petite entreprise, entre 2-3 salariés maximum, donc on est très polyvalent. On travaille autant dans l’assainissement que dans le curage des fossés, mais aussi dans le domaine agricole (broyage, drainage des parcelles pour planter de la vigne, etc.).

On a toutes sortes d’engins, de la minipelle à la grosse pelle de 22 tonnes. Grâce à cela, on arrive à répondre à toutes les demandes.

On développe aussi notre activité vers les enjeux environnementaux, notamment pour l’association Curuma qui s’occupe de protéger la faune et de la flore au Verdon. On travaille sur la mise en place d’aménagements pour restaurer la faune et la flore par exemple. C’est super intéressant et très varié.

Tu suis une formation quant à ta reconversion dans le btp ?

Cela fait six mois que mon père me forme. Parfois, c’est déstabilisant, je me dis : “qu’est-ce que je fous là ?”, “pourquoi j’ai fait ça ?”, “je ne vais jamais y arriver !”. De mon papa, j’ai l’image d’une personne irréprochable. C’est mon exemple, et donc de temps en temps, c’est dur de se sentir à la hauteur. Par moments, je me fixe des objectifs sur le terrain. Par exemple, avec la réalisation d’un terrassement. Je veux qu’il soit parfait. Du coup, quand je vois ce que je fais, c’est un peu déprimant. Mon père me rassure en me disant qu’il a, lui aussi, appris sur le terrain. Au début, ce n’était pas terrible, mais à force de faire et de répéter les mêmes gestes, on prend la main.

 

Je n’aime pas beaucoup le côté administratif de l’entreprise. Mais je ne vais pas avoir le choix que de m’y mettre. On est surtout sur le terrain, sur les chantiers. Et c’est ce que je souhaite dans ma formation, je veux vraiment savoir travailler avec les engins. Pour mon apprentissage, il me fait monter dans la pelle, il m’explique comment on fait une tranchée, etc. C’est vraiment un apprentissage par le faire. C’est ultra concret, sur le terrain, avec lui.

Aujourd’hui, après six mois, je perçois déjà mon évolution. J’arrive à être de plus en plus autonome. Mon papa est tout de même derrière moi. Je pense que le cadre familial, pour apprendre, est un gros point positif. Je n’ai pas la pression du rendement, il n’est pas derrière moi, à me dire ” vite vite vite il faut accélérer” comme peut l’être un patron. Je peux apprendre dans de très bonnes conditions.

Reprendre le flambeau en tant que femme dans le btp est une idée qui germe depuis longtemps ?

À l’époque du collège, on te demande de choisir ton orientation. Je ne me sentais pas à la hauteur de faire un métier de garçon, alors que j’adorais ça.

Ensuite, le fait de me dire : “si je me lance dans le TP agricole, dans X années, j’aurai une entreprise”. À 15 ans, se dire que tu vas être une femme dans le btp et avoir la responsabilité d’une entreprise, de salariés … je ne me sentais pas capable.

Mes parents m’ont laissé faire mes études et ne m’ont obligé à rien. Alors, j’ai fait un cursus dans les services à la personne, qui me plaisait aussi beaucoup.

J’ai toujours gardé cette idée du BTP derrière la tête. Il me manquait de la maturité tout simplement.

Après mes études, j’ai commencé à bosser. Quand, au bout de 3-4 ans, tu as l’impression d’avoir fait le tour et que tu te lasses déjà, ce n’est pas possible de continuer ainsi. Je ne m’imaginais pas continuer encore des années. J’y ai beaucoup réfléchi, avant de quitter mon emploi.

À côté, j’ai également fait un loisir qui m’a aidé sur ma confiance en moi : le motocross. Fatalement, dans ce milieu, on est avec les gars, presque constamment. Il y a des moments, je me suis retrouvée sur des courses, avec 800 pilotes et seulement 5-6 filles. Alors forcément, on se débrouille pour se faire notre place. C’est ce qui m’a fait prendre conscience que je pouvais faire des choses très masculines, tout en me sentant à ma place. Ça a été mon déclic pour changer de vie.

À l’époque du collège, on te demande de choisir ton orientation. Je ne me sentais pas à la hauteur de faire un métier de garçon, alors que j’adorais ça.” Manon.

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Est-ce que tu tires parti de ta précédente expérience professionnelle, dans le btp ?

Oui, mon expérience précédente se ressent surtout dans l’organisation de mon travail. En pharmacie, il y a toujours des documents, de l’administratif à ranger, des commandes, des clients. Si tu n’es pas organisée, ça ne peut pas fonctionner dans le temps.

Je suis donc naturellement un peu plus organisée que mon père. Quand il me dit “ce lundi on fait tel chantier”, moi la semaine d’avant j’essaye de voir ce qu’il faut, si les fournitures nécessaires ont bien été commandées, afin qu’on ait tout pour commencer à travailler le lundi en question. Je fais en sorte d’optimiser le temps.

Il y a aussi mon expérience de la relation avec la clientèle, qui me sert bien. En pharmacie, on a des clients qui sont très pointilleux, du coup ça permet d’acquérir une certaine maîtrise de soi qui m’aide au quotidien. Parfois nos clients ont certaines exigences. On fait en sorte d’arrondir les angles, on fait en sorte de plus dialoguer.

Qu'est-ce qui te plait le plus dans ta reconversion ?

La liberté.

Pouvoir organiser ma journée comme je veux. Contrairement à mon ancien emploi, je peux gérer mon emploi du temps comme je le sens.

Il y a aussi le côté polyvalent. J’ai tendance à me lasser très vite. Du coup, le fait de jongler avec différents chantiers permet de ne jamais faire la même chose !

On fait du broyeur, ensuite on va terrasser, après on va avec le poids lourd chercher des fournitures pour alimenter certains chantiers… on est tout le temps en mouvement et on change tout le temps de lieu.

Dans mon ancien travail, j’étais beaucoup moins polyvalente.

Les journées étaient toujours les mêmes : ranger la commande, puis servir la clientèle, parfois ça s’inversait : la clientèle puis ranger les commandes.

Dans le TP, c’est vraiment jamais la même chose. Ça arrive sur les grands chantiers de faire la même chose, mais ça dure seulement 3-4 jours, voire une semaine. Mais tu sais qu’au bout d’une semaine ça va changer.

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Vous êtes seuls à gérer l'entreprise ou vous avez des employés ?

À l’origine, nous avons un employé. Il est actuellement en arrêt.

On est plein d’artisans à recruter, et ce n’est pas facile. On cherche quelqu’un sur qui je peux compter. Une personne qui sait travailler, qui est déjà autonome, dans le TP.

On ne cherche pas forcément quelqu’un qui sait tout faire, on apprend tous les jours. Mais on cherche à embaucher quelqu’un qui pourrait être mon bras droit. Quelqu’un avec qui je peux bosser en binôme, comme je le fais avec mon papa en ce moment. C’est une entreprise qui tourne très bien, avec un parc d’engins sain, qu’on renouvelle régulièrement.

On est une entreprise qui, à 2-3 employés, qui tourne très bien. Mais là, malheureusement, avec l’arrêt de travail et la conjoncture, on se retrouve en difficulté. Ça fait 8 mois qu’on cherche quelqu’un. On a de la chance que ma maman qui est secrétaire dans l’entreprise, soit là, donc ça nous soulage sur ce point. On a eu des personnes en essai, qui étaient très gentilles, mais qui manquaient d’expérience. Certains avaient moins d’expérience que moi …

On a pensé à les faire monter en compétence, mais mon père ne peut pas me former moi et une autre personne. Déjà avec le boulot qu’on a, il est parfois compliqué de faire une formation en bonne et due forme pour sa propre fille. On ne peut, de ce fait, pas s’engager à former quelqu’un en plus. J’aimerais d’ici à 2-3 ans, le temps que j’acquière un peu plus d’expérience, trouver un petit jeune ou une petite jeune et former, pour qu’il·elle puisse rester avec nous, ensuite. J’adorerais partager ce métier, car c’est aussi une passion. Pour l’instant tout est très compliqué.

Comment sont les conditions de travail ?

En tant que femme dans le btp, je savais dans quoi je me lançais. Quand on manque de force, on arrive toujours à trouver des solutions pour y remédier. On apprend des méthodes de “vieux”, mais on est bien aidé par les engins, je n’ai jamais eu de grosse galère.

Juste une fois j’ai eu du mal à ouvrir les portes du poids lourd, car on devait vider des rondins de bois. Le rondin s’est bloqué en travers de la benne, et je n’avais pas d’engins. J’ai descendu la benne, forcé comme j’ai pu pour débloquer le tronc et au bout d’un moment, j’y suis arrivée.

Pour le moment j’ai toujours réussi à me dépatouiller de toutes les situations. Je ne ressens pas de manque et ça ne m’empêche pas de travailler. Après j’ai un côté un peu bourrin, ça doit sûrement aider un peu !

Un mot pour la fin ?

Aujourd’hui je me sens dans mon élément. Je pense que c’est mon âme de garçon manqué qui m’aide. J’ai toujours aimé les moteurs. J’aime ce que je fais, j’ai le smile à me dire que je vais bosser.

Je m’éclate.

L’apprentissage, c’est pas simple tous les jours. Même la cohésion entre membres de la famille c’est parfois tendue, mais on y arrive. Surtout, me dire qu’après je vais être gérante de la société, je vais être de plus en plus autonome !

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