Du terrain de foot au cimetière : "jamais sans ma pelleteuse"

Claire a 25 ans et est fan de pelleteuse. Après une expérience dans le paysage, elle poursuit son envie d’utiliser une pelleteuse et se tourne vers le métier de fossoyeuse. À la frontière entre BTP et paysagisme, elle nous raconte le quotidien de ce métier méconnu, ce qui lui plaît et sa condition de femme dans ce secteur.

6 minutes

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Claire, j’ai 25 ans (bientôt), j’habite à Lyon et je travaille sur Lyon. Je suis fossoyeuse. J’exécute tous les travaux liés au funéraire : je creuse des fosses pour les cérémonies d’inhumation, afin d’y déposer les cercueils ou les urnes.

Mes missions consistent également à assister à la cérémonie, à accompagner les familles sur les questions qu’elles peuvent avoir, orienter les porteurs, etc. Une fois que le cercueil ou l’urne est mis en place, je suis là pour reboucher et poser les fleurs.

Je fais également d’autres travaux : les reprises administratives, c’est-à-dire quand les concessions sont échues ou quand il n’y a plus de famille pour payer la concession, on vient la nettoyer (on la vide, on trie les déchets et on conditionne les ossements pour leur transport en crémation).

“Le funéraire n’est pas une fin en soit, mais je fais le lien avec le BTP par la conduite d’engins. J’ai suivi le travail où il y avait de la pelleteuse, et j’ai fini au cimetière.”

Qu'est-ce qui te plaît dans la conduite de pelleteuses ?

Mon lien avec les engins s’est fait très tôt, dès le lycée. Je voulais faire paysagiste, sur le terrain, pour réaliser les travaux de paysage dans les parcs et jardins. Au lycée on nous apprend à manier des engins : ce sont des outils qui font partie du travail. En tant que femme, on nous dit toujours qu’on porte moins bien, qu’on va moins vite, qu’on est moins efficace… Quand on est derrière un engin, il n’y a plus de frontières de sexe : tu manipules l’engin comme n’importe qui.
C’est ça que j’apprécie dans la conduite d’engin : il n’y a plus cette frontière qu’on subit au quotidien. Je peux faire exactement la même chose que les hommes. En effet, s
avoir conduire des engins me permet de travailler comme tout le monde.

Femme & BTP - interview

Qu'est-ce que tu apprécies dans ton travail de fossoyeuse ?

J’aurai jamais pensé à travailler dans le funéraire. 

Ce sont des métiers de l’ombre : on n’y pense même pas quand on cherche un travail. Ces métiers, on les a forcément croisés lors d’enterrements, mais jamais on ne s’est demandé quels étaient ces métiers concrètement, ou bien quelles études il fallait faire pour y arriver. Le funéraire, tu y arrives soit parce que tu as de la famille dedans, soit tu y arrives par hasard.

Ce qui me plaît, c’est de conduire la pelleteuse et être l’exception en tant que femme. J’aime me dire qu’on n’est pas nombreuses à le faire, que je suis une meuf parmi les mecs.
J’aime bien ce côté “exception” et je m’y retrouve aussi beaucoup dans les missions puisque c’est un peu la finalité de tout ce que j’ai fait avant : le paysage et le BTP. Dans les espaces verts, je faisais le côté finition, plantation, etc. Dans les TP, j’ai appris à faire des trous, du terrassement, poser les étayages… 
Maintenant, je me retrouve à faire les deux. Je commence par creuser un trou, je fais un terrassement, je manipule des engins et je finis par le côté finition avec la mise en place des fleurs. C’est une bonne finalité, je trouve.

Quel est ton état d'esprit quant à ton évolution en tant que femme dans le BTP ?

Je pense que je peux encore évoluer. Je peux faire plein de choses et je ne pense pas faire des trous toute ma vie.
Je suis assez épanouie dans ce que je fais, parce qu’on est une équipe de 7/8 qui s’entend très bien et que ma maître d’oeuvre est une femme aussi.
Ce que j’aime également, c’est qu’on est vraiment autonome : on a notre planning, nos horaires et on s’organise comme on veut. Je peux gérer ma journée, prendre le matériel qu’il me faut pour effectuer mes missions, etc. sans avoir un chef sur mon dos qui me dit quoi dire ou comment faire.  

Femme & BTP - interview

Ton meilleur souvenir sur le terrain ?

La convivialité avec mes collègues. Parfois, on s’arrête, on boit un coup, on discute. Les liens qu’on développe sont assez forts, car on vit des choses difficiles. Du coup, on a une perception de la vie qui est un peu différente des autres : on se prend moins la tête, on est plus gentil les uns envers les autres.
Globalement, il y a plus de bienveillance qu’ailleurs et on se marre beaucoup. On ne se marre pas des autres bien sûr, mais on a tendance à prendre les choses avec plus de légèreté dans notre quotidien professionnel. 

Quelle est la tâche que tu préfères réaliser ?

Creuser des trous. Creuser des trous… pour les inhumations. J’aime faire une belle fosse, bien au carré, qu’il n’y ait pas un caillou au fond, que les parois soient nettes, que les dimensions soient parfaites pour que les porteurs n’aient aucun problème lors de la descente.
Et puis c’est symbolique : c’est le dernier lieu d’une personne qui a vécu et qui finit là … je porte beaucoup d’attache à faire quelque chose de beau pour que la famille soit rassurée.

Ça fait quelques années que je suis sur plusieurs groupes de BTP sur Facebook. J’ai déjà publié plusieurs posts, pour poser des questions techniques ou pour partager ma joie d’avoir une pelleteuse rose … Au fur et à mesure, j’ai remarqué que dès qu’une fille postait quelque chose, il y avait beaucoup de commentaires non-pertinents.

Du coup j’ai cherché d’autres groupes existants où j’aurais pu parler de choses pratico-pratique : où je peux trouver de bons équipements ? Comment réagir à une situation délicate avec un collègue ? Etc.

J’avais besoin de conseils, de me sentir en confiance, entourée. J’avais besoin de savoir que je n’étais pas la seule à vivre des choses pas très agréables. En fait, je voulais juste avoir des réponses à mes questions. J’ai vu qu’il n’y avait pas de groupe dédié aux femmes dans le BTP. J’en ai donc créé un. Maintenant on est plus de 350 membres dans le groupe ” Femme & BTP “.

Un dernier message ... ?

Je veux juste dire à toutes les femmes, qu’elles peuvent être ce qu’elles veulent dans leur vie. Elles vont subir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’obstacles.
Il y a beaucoup de personnes qui vont leur mettre des bâtons dans les roues, mais il ne faut pas lâcher. 

De plus en plus de femmes viennent dans ce secteur, mais il y en a encore qui doutent. Il y en a encore qui abandonnent en chemin.
Il ne faut pas lâcher parce que c’est vraiment nous les précurseurs. On peut permettre à d’autres de se faire une place.
Notre rôle est important pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres.  

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